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Romans Young Adult : définition en 4 points

C’est un terme qui divise les professionnels du livre. Est-ce une catégorie littéraire à part entière ? Où commence-t-elle ? Vous l’avez certainement déjà remarqué : un même livre peut tout à fait se trouver classé en section jeunesse dans une librairie, et sur une table de nouveautés adultes dans une autre. Les limites sont floues, c’est indéniable. Si les romans Young Adult sont aujourd’hui bien présents dans les librairies et les bibliothèques, ils posent cependant question. À qui sont-ils vraiment destinés : des adolescents ou des adultes ?  Qu’entend-on par « jeunes adultes » ? De quoi parlent-ils ? Essayons ensemble de faire ressortir quelques éléments de définition des romans Young Adult.

Historique : d’où viennent les romans Young Adult ?

Une littérature récente

En 1959, l’école est proclamée obligatoire jusqu’à 16 ans. Cette date tardive explique en partie pourquoi ce que l’on considère aujourd’hui comme la littérature ado n’apparaît pas avant la seconde moitié du XXe siècle. Cependant, il y a toujours eu des romans destinés aux adolescents ou jeunes adultes ; on peut citer Jules Verne et ses Voyages extraordinaires au XIXe siècle, ou Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier paru en 1913. Les tout premiers romans ados avaient pour ambition de former la morale de la jeunesse : Les aventures de Télémaque de Fénelon en 1694 par exemple, ou Émile de Rousseau en 1762. En 1942, Seventeenth Summer de Maureen Daly paraît aux États-Unis, considéré comme le premier roman ado outre-Atlantique. À partir des années 80, émerge une littérature plus particulièrement destinée aux jeunes, publiée dans des collections spécifiques.

Le tournant Harry Potter

La saga Harry Potter a métamorphosé le paysage de la littérature ado, montrant ainsi l’intérêt d’une littérature prenant en compte les problématiques et questions propres à cet âge. Cette série est considérée comme déterminante dans la construction du « young adult » : conçue pour un public d’enfants et d’adolescents, elle a fini par attirer de nombreux lecteurs de tous les âges. Différents succès vont s’enchaîner dans son sillage. De nouvelles modes apparaissent : les vampires avec Twilight de Stephenie Meyer en 2005, les dystopies avec Hunger Games  de Suzanne Collins en 2009, puis le réalisme avec Nos étoiles contraires de John Green en 2012.

Place et rôle des professionnels

L’élargissement du lectorat, qui n’est plus constitué uniquement d’adolescents mais aussi de jeunes adultes, participe à la naissance des premiers rayons dédiés à la littérature ado, comme celui de la librairie Mollat à Bordeaux en 2009.

Au sein des maisons d’éditions, plusieurs collections apparaissent, par exemple Exprim’ chez Sarbacane en 2006. On parle bientôt en France de littérature « young adult », l’expression venant des États-Unis. On remarque alors deux postures dans le monde de l’édition : soit les éditeurs se positionnent comme éditeurs jeunesse avec des ouvrages pour les adolescents, soit ils ont une collection « young adult », simple indication sans plus de précisions d’âge. Ce sont ensuite les lecteurs, journalistes ou libraires, qui classent certains livres en « YA », même si l’éditeur les avait initialement classés en section jeunesse (comme ce fut le cas pour Harry Potter ou Twilight).

Lectorat : à qui s’adressent-ils ?

On peut définir les romans young adult à travers leurs lecteurs. Mais quelle est précisément la cible ? Il s’agirait d’un public adolescent et jeune adulte, tout à la fois. Certains posent un cadre de 15 à 25 ans. Pour d’autres, on peut même aller jusqu’à 30 ans. Quand cesse-t-on d’être un jeune adulte ? Les frontières en termes d’âge demeurent particulièrement floues. Ainsi, plutôt que de se caractériser par un public très spécifique, cette littérature regrouperait différentes tranches d’âge et permettrait de faire un pont entre littérature jeunesse et adulte. 

Quelles formes et quels sujets pour définir les romans Young Adult ?

Peut-on parler de genre young adult ?

Le « young adult » n’est pas à proprement parler un genre littéraire. Au contraire, la littérature ado se compose de beaucoup de genres différents, ce qui explique aussi qu’il est difficile d’en définir les frontières : roman intimiste, fantasy, fantastique, post-apocalyptique, dystopie, uchronie, western, historique, policier, science-fiction, conte, épistolaire, etc.

Des thèmes privilégiés ?

On peut s’attendre à retrouver certains thèmes dans une littérature dédiée aux adolescents tels que :

  • L’amitié, la famille, l’amour ;
  • les disputes entre amis ou frères et sœurs ;
  • la mort ;
  • les questions de rites de passage ;
  • le monde du lycée et toutes ses problématiques…

Mais on rencontre aussi certains personnages loin des ados lambdas, qui ont pour mission de sauver le monde ! Ici se situe peut-être un autre point de rencontre entre les désirs des adolescents et ceux des jeunes adultes : une quête qui transgresse les âges. On trouve ainsi des histoires où les personnages tentent de survivre dans un monde dévasté. Il peut s’agir également de surmonter une épreuve plus individuelle (le handicap, le coming out), ou de rechercher ses origines.

Héros et identification

Nous relevons cette constante : souvent les héros ou héroïnes sont des ados ou des jeunes adultes. L’identification des lecteurs s’établit naturellement. Ils ont accès à l’intériorité du personnage. De plus, les thèmes et les valeurs, qui souvent exaltent une forme de courage, viennent renforcer cette identification.

Le style

Souvent, le récit est écrit à la première ou à la troisième personne du singulier, en focalisation interne. Cela donne ainsi accès aux pensées intérieures du personnage, puissant moteur d’identification, par exemple avec L’aube sera grandiose d’Anne-Laure Bondoux. D’après Tibo Bérard, éditeur chez Sarbacane, le plus caractéristique du roman YA serait plutôt une question d’énergie et de rythme narratif, comme pour coller au dynamisme de l’adolescence : les récits forts vont être privilégiés, des scènes dialoguées, un sens de la narration, un enjeu narratif. 

Pourquoi aime-t-on lire des romans YA ?

La notion d’absolu

« Pour moi, ce qui qualifie l’adolescence, c’est quand même l’engagement à corps perdu dans des causes qui peuvent être passionnelles, amoureuses, politiques, esthétiques… Il y a un « sérieux » de l’adolescence » explique Clémentine Beauvais, dans un entretien suite à la parution de Songe à la douceur.

Dans le roman YA, il est souvent question de conflits très importants, d’amour passionnel, de mort, de vie, de valeurs…  des situations marquées par un certain sens de l’absolu. On est loin des petites questions ordinaires. L’intensité des sentiments (amour, désespoir, haine, jalousie…) peut toucher tout le monde.

Le roman miroir

Le « roman miroir » désigne la littérature qui met en scène la question de l’identité, en tant que question intime, et en tant que question sociale (la relation aux autres). Elle agit comme un miroir, permettant au lecteur ou à la lectrice, de se représenter à lui-même ou à elle-même, en même temps qu’il ou elle grandit et se construit. Mais aussi de mettre des mots sur des sentiments, des angoisses ou des fantasmes. L’effet miroir c’est aussi l’illusion du lointain. Le lecteur du roman de science-fiction au roman historique peut se projeter, tout en bénéficiant d’une barrière spatiale, temporelle, ou imaginaire, comme « mécanisme de défense ». Tout cela entre en résonance avec le jeune adulte ou l’adulte tout court.

Divertissement

Littérature de divertissement, dont l’action se situe souvent dans des mondes imaginaires… Récits d’aventures permettant au lecteur de vivre par procuration… Pour les adultes qui les lisent, les romans « young adult » deviennent un vrai divertissement, un support pour s’évader du quotidien. Cette littérature remplit sa fonction : elle raconte une histoire…

 

On dit souvent qu’avec les romans Young Adult la liberté est beaucoup plus grande pour l’écrivain, et le choix plus vaste pour le lecteur. Quoi qu’il en soit, un bon roman, qu’il soit publié en jeunesse ou en littérature générale, qui ne sont peut-être que des sectorisations marketing, demeure un roman universel, qui peut plaire à tous les âges… Venez donc découvrir ces pépites dans notre librairie Lire à l’occasion à Castres !

 

Claire Chaillet pour le blog de Lire à l’occasion

 

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