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Le Pouvoir, roman de Naomi Alderman, met en scène une société dystopique dans laquelle les femmes découvrent qu’elles ont de l’électricité au bout des doigts. Cette constatation est à l’origine d’un bouleversement mondial et aux quatre coins du globe de nouveaux régimes se mettent en place. L’autrice, qui nous tient en haleine tout le long du récit, nous invite à envisager un univers matriarcal et ce qu’il en résulterait. Peut-on dire qu’il s’agit d’un roman féministe ? Serait-ce la description de l’utopie ? Rien n’est moins sûr…

La naissance de la société matriarcale

Le livre commence par une recherche des origines dans un univers futuriste. Un écrivain fouille le passé pour tenter de comprendre son monde actuel. Son roman est le récit détaillé d’une prise de pouvoir passée sous silence, d’un renversement historique effacé des annales, qui a pourtant donné naissance à un ordre nouveau : celui du présent.

Un jour, dans différents endroits de la planète, des milliers de femmes réalisent qu’elles ont entre leurs mains le Pouvoir. De quoi s’agit-il exactement ? Elles peuvent, du bout des doigts, projeter de l’électricité. À partir de cet instant, la résistance commence. Dans un monde dominé par les hommes, où les femmes sont opprimées et violentées, le réveil est brutal. D’abord, le pouvoir est défensif, puis, prenant conscience des possibilités infinies qui s’offrent à elles, elles se soulèvent. Le Pouvoir c’est l’absence de peur. La force change de camp et la libération a lieu. Les violences s’expriment là où les femmes ont été les plus oppressées, les plus exploitées : Arabie Saoudite, Inde, Europe de l’Est. Bientôt, ce n’est plus une révolte, c’est une révolution. Petit à petit, une égalité s’établit, les hommes ne sont plus tout-puissants. Cependant, le statu-quo ne dure pas. En quelques années, elles installent leur domination. Le patriarcat devient alors matriarcat.

Les outils de l’ascension, ou comment renverser le système patriarcal

Afin de se défendre et de réclamer leur égalité, les femmes s’organisent et mettent en place les outils nécessaires à leur prise de pouvoir. Très vite, ils leur servent à établir leur puissance. Ils représenteront, dès lors, les bases de leur souveraineté.

Naomi Alderman esquisse les 3 piliers de la domination. Cela commence par la religion : avec l’avènement de Mère Ève, considérée comme la nouvelle prophétesse, s’installe un ordre spirituel inédit. Inspirée de la Bible, et grâce à son électricité, elle accomplit des miracles. Elle réunit des partisans et réécrit les textes religieux qui mettent à l’honneur les figures féminines. Les réseaux sociaux participent à l’évolution rapide de ce nouveau culte et les croyants affluent. Personne ne réalise la manipulation psychologique et les mensonges de Mère Ève. Elle devient extrêmement puissante, bénéficie d’une grande influence et finit par représenter le clergé à la table des futurs dirigeants mondiaux. La diffusion de cette religion, vénérant Marie, mère de Jésus, et non plus le fils, est instrumentale dans l’établissement du matriarcat.

Ensuite vient la force physique : l’électricité des femmes, issue de leur fuseau, leur permet d’acquérir une capacité qui leur est propre. D’une décharge, elles peuvent désormais assommer, blesser ou même tuer.

Enfin arrive l’armée : que ce soit en termes de soldats ou d’arsenal, une fois la guerre déclenchée, elle devient essentielle à la victoire et au maintien de l’autorité. La création de nouveaux États en découle.

Le Pouvoir, un roman féministe qui prône l’égalité

Naomi Alderman soulève des questions intéressantes à travers son récit. Lorsque la lecture commence, l’idée qu’un régime matriarcal dirige le monde est séduisante. On peut penser qu’il s’agit là de la solution à tous les maux. Ne serait-ce donc pas l’utopie ? Puis, au fil de l’histoire, l’autrice démonte une à une ces croyances. La nature humaine est déterminante, le genre non. Mis dans une situation de puissance, tout être, qu’il soit homme ou femme, peut dériver. Il ou elle fait, car il ou elle peut. La domination de l’un sur l’autre ne pourra jamais être la solution. C’est, au contraire, l’origine du problème.

Ce dénouement est amené subtilement, à travers de nombreux effets miroirs que l’écrivaine introduit afin de montrer le ridicule ou l’incohérence de certaines idées. Elle s’en sert également pour attirer l’attention sur des sujets de société, des détails qui n’en sont pas. Des acquis, intégrés depuis si longtemps, qu’ils n’ont que rarement été remis en question… Jusqu’à l’arrivée du Pouvoir. Les femmes agissent d’abord dans une démarche de sororité et s’engagent pour faire avancer leur cause. Mais très rapidement, leur pouvoir politique et physique les corrompt.

Les problématiques présentées dans le roman sont traitées et adressées par les féministes de l’époque d’avant, puis reprises par les défenseurs des droits des hommes, dans le monde d’après. Il s’agit bien là du cœur de cette narration. L’inversion des rôles, de plus en plus marquée au fil du récit, met en lumière l’absurdité du système. Il faut bien atteindre la fin de l’histoire pour comprendre ce que Naomi Alderman veut dire. Son livre montre que le féminisme est un désir d’égalité et non de domination. Son roman explique que, poussée à l’extrême, l’emprise d’un genre sur l’autre mènera inévitablement à la lente agonie d’une partie de la population. L’équilibre est la réponse, sans quoi, le monde ne sera jamais juste.

 

Le Pouvoir est un roman féministe qui mélange politique et science-fiction. Publié en 2018, il s’inscrit dans l’ère post #metoo, et porte un regard tranchant sur notre société. Il poursuit la lignée des ouvrages de Margaret Atwood, autrice du célèbre livre La Servante écarlate. La dénonciation du patriarcat, souvent controversée, est mise en contexte subtilement. Ce roman percutant s’adresse aux adultes et aux ados qui souhaitent se questionner et mieux comprendre les enjeux actuels. Le récit, en plus d’être puissant, est aussi incroyablement prenant et agréablement divertissant. Ce livre ne se repose qu’une fois fini et l’on en recommande la lecture avec enthousiasme. Un conseil : courez l’acheter. Et si vous êtes aux alentours de Castres, n’hésitez pas à venir nous saluer dans notre librairie Lire à l’occasion, nous serons ravis de vous rencontrer !

 

Cinzia Mura pour le blog de Lire à l’occasion

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