Librairie livres d'occasion Castres

Avez-vous déjà éprouvé de la gratitude à l’égard d’une personne qui vous avait donné un livre en l’ayant choisi de façon délibérée ? Avez-vous eu ce sentiment saisissant que l’autre, en vous l’offrant, avait compris quelque chose de vous sans que vous n’ayez à vous raconter ? Cette expérience aussi bouleversante que délicieuse m’est arrivée en 2008. Et 13 ans après, l’émotion et la reconnaissance que j’ai alors ressenties à l’égard de l’homme qui m’avait offert un livre sont toujours intactes. Sur la base des quelques discussions que nous avions eues et sur ce qu’il avait alors perçu de moi, il m’avait offert Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke. De fait, à cet instant précis de ma vie, c’était LE livre qu’il me fallait pour sortir d’une posture velléitaire qui menaçait de m’engloutir. Cette lecture était tout simplement entrée en résonance avec mon intériorité. Depuis ce jour, je donne des livres – du roman à la BD en passant par le polar – en essayant de susciter chez l’autre ce même émoi, ce frisson indicible qui m’avait alors parcourue. Dans ce qui suit, je vais tenter de vous convaincre – si tant est que cela soit nécessaire ! – des bonnes raisons de donner un livre à un être proche.

Donner un livre, une marque d’attention à l’autre

Comme vous sans doute, il m’est déjà arrivé de lire une 4e de couverture et de l’associer immédiatement à une personne de mon entourage. Mais, en règle générale, j’offre rarement des livres que je n’ai pas lus car je connais l’émotion parfois immense qu’une lecture peut susciter. Pour moi, un livre est en quelque sorte un objet doté d’un potentiel magique. Il peut ouvrir des brèches, des portes, des précipices qui éclairent ou jettent le trouble dans l’esprit de son lecteur. Il peut être cette vague géante qui, parfois sans crier gare, menace de le submerger. C’est précisément cette image qui m’est venue à la lecture de Réparer les vivants de Maylis de Kerangal. Aussi, par (excès de ?) prudence ou, parfois, de superstition, je suis rétive à offrir des livres qui me sont inconnus et dont j’ignore la puissance évocatrice. Vous me direz qu’il est impossible de présupposer l’impact de tel livre sur telle personne, précisément parce que chacun a sa part de mystère, de secrets enfouis et, parfois, inconscients. Quoi qu’il en soit, je préfère donner un livre que j’ai lu et dont une phrase, une émotion ou une image aura lié, dans mon esprit, cette lecture à une personne précise.

Donner un livre, c’est en effet se demander ce qui touchera cet autre à qui l’on veut faire plaisir. C’est donc être avant tout attentif à lui, à l’écoute de ses vibrations profondes et de ses questionnements les plus intimes. On ne donne pas un livre par hasard. On s’attache à chercher des correspondances entre, d’un côté, une thématique, un passage d’un ouvrage ou les traits de caractère d’un personnage et, de l’autre, la personne à laquelle on veut l’offrir. En soi, offrir un ouvrage nécessite un effort conséquent d’empathie et d’altérité, un travail de décryptage de cet autre.

Il s’agit en cela d’un acte noble et, il faut bien l’avouer, courageux car il expose celui qui donne. Le cadeau peut en effet faire mouche ou tomber à plat sans que cela ne traduise forcément une erreur d’appréciation de la part du donneur. Un livre est une rencontre et, en fonction des périodes de vie, le lecteur n’est pas toujours en capacité de l’accueillir ou, pour filer la métaphore du don d’organes, d’être « transplanté ».

Comme un passage de témoin, il devient alors un acte de transmission immatérielle qui alimente la relation entre deux êtres.

Donner un livre pour ouvrir un espace de discussion

Donner un livre revient, selon moi, à créer ou tout au moins à ménager la possibilité de créer un espace de rencontre, de dialogue et de partage dans une relation préexistante. On touche là à un ressort quasiment anthropologique de l’acte de donner. En apparence, un don est désintéressé. Lorsque vous offrez un cadeau, vous n’attendez pas forcément que l’autre y réponde, en tous cas pas nécessairement dans les mêmes termes. Mais comme l’échange est à la base du lien social, celui qui donne est souvent en attente d’un contre-don. Il n’est pas nécessairement matériel mais a pour rôle de prolonger la relation, de l’ancrer encore plus profondément, de l’asseoir durablement. Lorsque je donne un livre, je l’avoue, j’attends telle une prétendante fébrile un retour sur ce qu’en aura suscité la lecture.

Et quel bonheur de s’entendre dire à quel point le livre que l’on avait choisi avec tant de précaution a été apprécié ! Quelle joie sans borne de trouver cet écho tant espéré ! Quel plaisir d’échanger des ressentis, différents par certains aspects, similaires par d’autres, sur une même lecture !

N’avez-vous jamais eu la sensation qu’en offrant un livre, vous aviez enrichi la relation en instaurant un lien d’intimité et de confiance supplémentaire, une forme de complicité inaltérable ? En donnant à lire, on fait passer des messages, on suggère ce qui n’a jamais été dit à l’autre et on lui confie une part de sa propre vérité. Le livre est alors ce plan d’eau qui prend vie parce qu’on y a lancé une bouteille pleine de non-dits.

Un cadeau à faible coût écologique

La dernière raison pour laquelle je vous recommande de tenter cette expérience est différente des deux premières. Elle ne recèle pas cet enjeu de partage intellectuel, psychique ou émotionnel. Elle m’est pourtant aussi chère que les précédentes.

Comme désormais de nombreuses personnes, je suis en effet très sensible à la portée écologique de mes actes. À Noël, la débauche de cadeaux inutiles qui, pour certains d’entre eux, se retrouvent sur des plateformes de ventes d’occasion dès le 26 décembre, m’est insupportable. Le gâchis ou la surconsommation me choque de plus en plus. Je suis loin d’être irréprochable mais, comme beaucoup, j’essaie de m’améliorer.

Or, donner un livre répond à un objectif de sobriété que je tente d’atteindre quotidiennement. Avec plus ou moins de succès, certes, mais avec une grande sincérité. Et si l’on réfléchit un moment, n’est-il pas absurde d’entasser des livres dans des bibliothèques poussiéreuses ? Donner un livre de « seconde vie » plutôt que de « seconde main » permet ainsi d’allier originalité du cadeau et limitation de notre empreinte carbone. C’est, en somme, faire un présent qui a de l’avenir !

Et si, comme moi, vous avez du mal à vous séparer de votre exemplaire, pourquoi ne pas en acheter un d’occasion ? Dans une société où l’économie du partage a le vent en poupe pour des raisons tant financières qu’écologiques, les bouquineries sont tendance et recèlent de trésors à petits prix, comme la bouquinerie Lire à l’occasion, à Castres. Le livre ayant une âme, vous l’incitez ainsi à poursuivre sa route et à émouvoir de nouveaux lecteurs.

 

Si vous êtes passionné de lecture, désireux de transmettre votre engouement et de partager vos découvertes littéraires, donnez donc un livre ! Et pourquoi n’y ajouteriez-vous pas une touche de vous en indiquant, par exemple sur un marque-page, un mot ou un passage qui vous aura particulièrement plu, une pensée qui vous sera venue ? Le don se transformerait alors en une sorte de quête mystérieuse pour celui qui le recevrait et dont vous éveilleriez sans aucun doute l’intérêt.

 

Myriam Charbit, pour le blog de Lire à l’occasion

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